Témoignage : Ghazi Beji, réfugié politique en France pour avoir osé croire en la liberté d’expression.


Caricature de Z, débat Tunisie

Ghazi Beji et Jabeur Mejri, ont été accusés le 5 mars 2012 d’ «atteinte à l’ordre public », «transgression à la morale» et «apport de préjudice à un tiers». Tout deux ont été condamnés à 7 ans et six mois de prison et 1200 dinars d’amende. Tout cela pourquoi ? pour avoir partagé leurs idées sur Facebook. Athéisme, critique de l’Islam, ces deux jeunes ont vu leur vie basculer pour avoir osé croire que la Tunisie post 14 janvier était la Tunisie de la liberté retrouvée. Si Jabeur s’est fait arrêter et a purgé sa peine (quoique gracié), Ghazi lui, a été jugé par contumace. Il est parvenu à fuir la nouvelle dictature Tunisienne, devenu le premier réfugié politique de la Révolution du Jasmin vite fané. TAKRIZ a souhaité laisser à Ghazi une tribune libre sur son magazine, et en c’est 20 ans de lutte pour liberté de la parole et de la pensée.
Après 23 ans de censure, voilà le 14 janvier 2011 la chute du régime. Tout à commencé après la révolution du jasmin, le vent de la liberté souffle .
Cela faisait 4 ans à l’époque que j’étais au chômage et j’avais espoir que la révolution nous apporte du travail et plus de liberté ! Mais voilà, à la fin de l’année 2011, les barbes commencent à pousser comme des champignons et les discours des intégristes religieux se multiplient : la révolution du travail et de la Liberté est récupérée par les Frères Musulmans, financés par l’argent du Qatar et de l’Arabie saoudite.
Dés début 2012 je commence à recevoir des  menaces de mort à cause d’un livre que j’ai écrit «  l’illusion de l’islam ». Le 5 mars 2012 mon ami, athée, Jabeur Mejri est arrêté à Mahdia pour athéisme.3 Jours plus tard, sous les menaces salafistes et activement recherché par la police, j’étais obligé de quitter la Tunisie vers l’inconnu à la recherche de cette Liberté que je n’ai pas trouvé dans mon pays d’origine.
Je n’ai pas envie de revenir sur mon exil : des mois de marche à travers plusieurs pays du d’Afrique du Nord aux Balkans, des nuits passées dans les forêts et les montagnes serbes.
J’ai traversé 11 pays avant d’arriver en France : Tunisie – Libye – Algérie -Turquie – Grèce – Macédoine – Serbie – Roumanie – Hongrie – Autriche – Suisse – France.
Des bombes en Libye, jusqu’à la famine en Europe de l’Est, j’ai tout connu, à ce à cause de ce que j’ai pu écrire ou dire. Liberté vous me dites ? De quelle liberté s’agit-il ?
Ce n’est que que grâce aux aides financières de ma famille et des militants j’ai pu croiser que j’ai survécu. Je profite du fait que TAKRIZ m’offre c’est espace de liberté pour m’exprimer et les remercier un à un :
– Ma famille
– Tewfik Allal et Brigitte Bardet Allal / Fethi Benslama (Manifeste de la liberté)
– Feu Abdelwaheb Meddeb ( Radio France culture)
– Mouheddine Cherbib (FTCR / CRLDHT)
– Kacem el Ghazali ( blogueur indépendant)
–  Robert Russel (free Caricaturist)
– Karim Ben Fridja  /Randa Kassis ( militants)
– Mariem Didier (TAKRIZ / FTDA)
– Driss el Khorchi ( ATMF)
– Nasreddine el Afrit ( journaliste)
Actuellement je suis encore au chômage et je n’ai pas trouvé la Liberté que j’ai cherchée.
La France ce n’est pas un paradis hélas. Il y a  beaucoup de discrimination, de racisme. Le peuple est insociable, et la société fermée.Il y a autant de misère en France qu’au Maghreb, ici les étrangers sont considérés comme des citoyens de 3ème zone. C’est une sorte de « hogra » à la française ! Mais bon je dis quand même  merci à la France de m’avoir accueilli, car quoique je subisse ici, c’est toujours mieux que de passer 7 ans et demi en prison dans mon pays juste pour avoir osé m’exprimer, car je suis encore vivant et c’est l’essentiel. Qui sait ce qui me serait arrivé dans les prisons tunisiennes.
si je dois dire encore un seul mot c’est :
Battez vous ya twénsa pour votre liberté d’expression, parce que si hier c’était moi et Jabeur, demain ce sera peut-être vous ou l’un de vos enfants.

Ghazi Béji