La conquête par Ali Bécheur


Romancier, essayiste et nouvelliste, Ali Bécheur est un écrivain que l’on ne présente plus. De Tunis Blues au Lendemains d’Hier, il n’a pas manqué le rendez-vous qu’étaient les 20 ans de TAKRIZ et s’est lui aussi joint à nous pour fêter 20 de lutte pour la liberté d’expression.

Certes, la révolution dite du jasmin nous a apporté des libertés, dont la liberté d’expression, les régimes dictatoriaux nous ayant muselé durant plus d’un demi-siècle. Un acquis inestimable, et espérons-le irréversible. Mais faut-il se contenter d’une liberté institutionnelle, purement formelle ? Non, sans hésitation.

C’est maintenant dans nos têtes qu’il faut la faire, la révolution.

La vraie liberté n’est pas un cadeau tombé du ciel, c’est le fruit d’un long travail sur soi-même, d’une conquête intérieure. C’est briser la gangue de fer du formatage des parents, de l’école, de la rue et des copains, dans lequel on nous a enfermé depuis l’enfance, nous délester du poids des conventions sociales qui nous a écrasé. Dynamiter les préjugés, les tabous et les interdits, dont on nous a ligotés. La vraie liberté, ce n’est pas déblatérer, pérorer, faire le paon sur les écrans de télévision, après être passé chez le coiffeur pour se faire faire un brushing. C’est arrêter d’applaudir à se peler la paume des mains et apprendre à s’indigner, à s’insurger et à clamer son désaccord. Apprendre à décrypter la langue de bois des discours officiels, à retourner les cartes diffusées par les médias – nationaux ou étrangers – pour découvrir ce qu’elles cachent. Ignorer la doxa et son cortège de morale préfabriquée ( ce que Nietzsche appelait la moraline ) et fabriquer sa propre morale avec ses valeurs intériorisées. La liberté est le combat de toute une vie, exigeant vigilance et ténacité.

On ne naît pas homme ( ou femme ) libre, mais on peut le devenir.

30.12.2017

Ali Bécheur