Les ultras, pionniers de la Révolution Tunisienne


Le sport a toujours été une arme, et ce, tant sur la scène économique que politique, il suffit pour cela de ne citer que le « onze de l’indépendance » auquel  Hammadi Khaldi, joueur du stade tunisien, a participé.  C’est à cause de cette force de frappe, de cette capacité à mobiliser, que nos hommes d’affaires et politiciens tentent depuis toujours d’avoir le monopole du football tunisien, et ce afin de contrôler le peuple et l’argent généré par les manifestations sportives.

En effet, le gouvernement tunisien n’a toujours eu qu’un seul adversaire contre lequel il ne pouvait rien. Il ne s’agit ni des opposants politiques qui, lorsqu’ils de terrent en Tunisie sont entretenus avec largesse par ses hommes d’affaires, et sinon sont exilés. Il ne s’agit pas de l’UGTT qui, vitrine d’une opposition de façade, ne cherche que son intérêt propre. Il ne s’agit encore moins de cette société civile, financée à grand coup de donations zabaliennes.

La seule force d’opposition, qui de manière hebdomadaire, a affronté dans un corps à corps, souvent létal, le régime policier, ce sont les amoureux du ballon rond.

Mickael CORREIA, l’Histoire populaire du football, édition de la découverte, 2018, p140

Appelés casseurs ou hooligans par la presse qui jusqu’à aujourd’hui reste teintée de mauve, tifosi par les médias frileux, ou figure de proue de la révolution tunisienne par des historiens comme Mickael Correia, qui, de son regard objectif a suivi les événements de décembre 2010 et janvier 2011, les supporters des diverses équipes du football tunisien, sont la bête noire de l’ordre établi, et c’est pour cela que Majdouline Cherni aboie à grand coup de huis clos.

Cependant, ce que le gouvernement oublie c’est que si le sport est une arme politique, c’est avant tout une arme populaire qui n’appartient qu’au peuple.

En effet, si les mouvements de contestation en Tunisie ont commencé en 2008 avec le bassin minier, la Révolution a réellement commencé le 8 avril 2010, lors des affrontements entre les supporters de l’Espérance et la police de Zaba. Ce soir là, au journal télévisé de 20h, le ministre de l’intérieur s’affiche en général déchu, rendant visite à ses troupes battues. « Le pays a compris que, s’il le souhaitait, il pouvait battre l’Etat policier qui avait été instauré » se confiera Seif Allah Ben Meftah, porte parole des ultras de la Curva Sud.

Le gouvernement s’entête. Et le 1er mai 2010, pour la première fois, de l’Histoire du championnat tunisien, le Derby tunisois opposant l’Espérance Sportive Tunisienne au Club africain en huis-clos. Les espris s’enflamment et en aout 2010, alors que les pseudos intellectuels tunisiens appelaient à la réélection de Ben Ali  pour 2014 une campagne de Tags effectuée par les zapatistes de l’Espérance sportive de Tunis, envahit les rues de Tunis. Les affrontements dans les rues entre supporters et forces de l’ordre se font de plus en plus violents, et le club africain , en septembre 2010 appelle ses fans à la révolution imminente, car comme ils le chanteront ils « n’oublieront jamais le derby en huis-clos, le message est trés clair, c’est les supporters qui commandent puisqu’ils ont de l’autorité dans le pays »

2h du matin, le 8 avril 2018, le stade d’El Menzah est occupé par la Curva sud, qui a souhaité un joyeux anniversaire à l’Etat Policier

En cette nuit du 7 au 8 avril 2018, la Curva Sud l’a prouvé. Alors que l’US Tataouine vient de se voir infliger 12 mois de Huis clos, les ultras de l’Espérance Sportive de Tunis ont rétabli l’ordre des choses en occupant le stade d’el Menzah, dans une action hautement symbolique lorsque le pays est encore sous le choc de la mort de Omar Laabidi, jeune lycéen de 19 ans, noyé par la police.

Alors que les chaînes de télévisions ( El Jazeera, ou La BBC) commencent à comprendre ce qui est en train de se jouer dans le pays, l’Etat lui ferme les yeux, tout comme avait fermé les yeux Ben Ali en 2010.

Nous sommes le 8 avril 2018, cela fait aujourd’hui 8 ans que la Révoluition Tunisienne a commencé, et cela fait 8 ans que ceux qui l’ont faite se voient interdits de stade, interdits de vivre leur Amour du ballon rond, interdits de Liberté.

Cette date du 8 avril, hautement symbolique pour ceux qui n’ont pas attendu le 14 janvier pour sortir dans la rue, reste celle des guerriers, celle des Hommes qui jamais ne se laisseront corrompre. Leur unique siège c’est les gradins, l’unique titre auquel ils aspirent c’est la coupe et le championnat, leur unique devise : La Liberté !

On nous a volé notre Révolution, on nous a volé notre Dignité, notre Liberté, nos combats, nos rues…Récupérons nos stades !

#occupy_stadium 

 

La Rédaction