Naïm Barhoumi, ce héros ignoré


Alors que la carrière de Azza Besbess a été mise à mal par la ministre de la jeunesse et des sports, Mejdouline Cherni, et que Ons Jabeur est toujours en attente d’une prise en charge d’une partie de ses frais, TAkRIZ a souhaité s’entretenir avec Naïm Barhoumi, champion de culturisme, dont le palmarès ferait pâlir d’envie n’importe quel sportif. Maintes fois champion de Tunisie, Naïm Barhoumi porta haut les couleurs de son pays en remportant, entre autre, le titre de Mister univers WABBA en 2015, et la médaille de bronze aux championnats du monde IFBB en 2016. Pour unique reconnaissance de l’Etat dont il a pourtant été l’ambassadeur : le mépris. Sollicité par la France, il refuse pourtant toutes les propositions qui lui sont faites, dans l’espoir que les autorités reconnaissent son travail autrement qu’à travers un coup de com’ médiatique via lequel ils  espèrent redorer leur image.

De son métier de pompier, Naïm Barhoumi arbore son profond respect pour la vie humaine et pour la prévention. Il souhaite mettre en place une campagne de prévention contre les produits dopants utilisés par nos jeunes, avec le soutien du ministère de la jeunesse et des sports, mais ses cris d’alarmes restent à ce jour sans réponse. Fraîchement revenu d’une exhibition à Cologne, Il nous explique : 

 

 

 

Avant toute chose, puisque vous acceptez de nous donner cet interview et que nous sommes en pleine polémique autour de la mort de Omar Laabidi, nous souhaitons enfin savoir…. confirmez-vous le fait que vous avez été naturalisé français pour acte de bravoure, en ayant sauvé deux personnes de la noyade ? 

Effectivement, c’était deux personnes qui, en état d’ivresse se sont faites braquées par des tiers, et qui ont préféré sauter dans la Seine plutôt que de se faire poignarder. Elles ne savaient pas nager, je les ai ramenées à la rive, tout simplement. C’est pour cela que je n’appellerai pas cela « acte de bravoure », mais un simple devoir citoyen.

 

 

Parlons un peu de l’actualité, alors que nos ambassadeurs ridiculisent notre diplomatie en offrant de l’huile d’olive et des dattes  aux politiciens européens, les sportifs, qui avec les artistes sont les plus grands ambassadeurs de la Tunisie à l’étranger, eux, sont totalement ignorés par le gouvernement…Ons Jabbeur, Azza Besbes….vous.  A votre avis, pourquoi ?

En fait j’ai envie de vous répondre en vous montrant cette photo. Voilà pourquoi les affaires étrangères et les officiels travaillent : pour faire des photos. En novembre 2016, Youssef Chahed est venu avec une délégation consulaire tunisienne sur mon lieu de travail. Jusqu’alors, je n’avais jamais croisé quiconque, et encore moins Mohamed Ali Chihi, l’ancien ambassadeur de Tunisie en France, qui sourit ici au second plan.

 

 

Sur France 24 sport, vous avez porté haut les couleurs du patriotisme qui habitent les sportifs, en criant haut et fort que votre amour pour la Tunisie ne vous permet pas de porter du « bleu blanc rouge ». Votre désarroi est resté sans réponse de la part des autorités. Que souhaitez vous dire à Majdouline Cherni aujourd’hui ?

Tout d’abord, je tiens à préciser que ma requête n’est pas d’ordre financier, car fort heureusement j’ai quelques sponsors qui me soutiennent.  Dans le dossier que j’ai déposé, le montant demandé était dérisoire et s’élevait à 2722 euros. Cette somme symbolique était pourtant très importante pour moi, comme elle l’est pour tout sportif qui veut faire flotter haut le drapeau de son pays. Cette somme aurait signifié que je suis soutenu par ma nation, que je me bats pour elle, que je me sacrifie pour elle et que mon pays est derrière moi, mais cela n’a pas été le cas.

Ma demande n’était pas une demande personnelle, mais celle de toute une fédération. J’ai demandé à la Ministre de nous donner le titre 2 qui aurait permis à l’équipe nationale plus de légitimité sur la scène internationale et qui leur aurait attribué un budget pour les compétitions internationales (entre autre les déplacements) que jusqu’à aujourd’hui nous n’avons pas.  Certes j’ai été reçu par Majdouline Cherni, car souhaitant faire remonter sa côte de popularité auprès des jeunes, il fallait qu’elle fasse sa « photo souvenir », mais ma demande est restée lettre morte.  Ce jour là, il y avait également Imed Jabri, le secrétaire d’Etat aux sports qui pourtant lui a expliqué qu’il y avait moyen de faire avancer les choses, mais les clins d’oeil et les sourires méprisants qui ont été échangés ne trompent pas un vieux joueur de chkobba comme moi. Je savais la bataille perdue d’avance.

Mais ce que je souhaite vraiment dire à Majdouline Cherni aujourd’hui, c’est de répondre à ma demande de projet de prévention. En effet j’ai déposé un dossier concernant une campagne de prévention dans les salles de sport sur les risques liés à la consommation des produits dopants. On m’a envoyé vers l’A.N.A.D. ( agence nationale antidopage, et depuis… Madame Cherni ne doit pas oublier qu’elle est à la fois ministre des sports et de la jeunesse. Cette même jeunesse est en train de se tuer en utilisant des produits fabriqués dans des laboratoires clandestins. C’est de son devoir que de faire quelque chose pour ces jeunes qui ont fait la Révolution et grâce à qui elle est actuellement ministre !

 

Quel avenir pour le sport professionnel en Tunisie ?

Selon moi,  l’avenir est sombre , malheureusement le sport n’est plus une priorité. D’ailleurs l’a-t-il jamais été ?  Les champions partent vers les pays qui récompensent leur efforts , c’est malheureux à dire mais c’est la vérité. Les grands sportifs qui portent haut le drapeau tunisien sont en voie de disparition.

 

 

 

Le 8 avril, vous avez sur votre page professionnelle rendu hommage à Omar Laabidi, mort dans les circonstances que l’on connaît. Pourquoi cela était il important pour vous ?

En rendant hommage à Omar Laabidi,  j’ai voulu envoyer un message de fraternité et de solidarité. Tout le monde sait que je suis un espérantiste dans l’âme et venant de moi, j’avais espoir que cela fasse mouche pour que les tiffos s’unissent. Par ailleurs, je suis pompiers donc du corps de l’uniforme. Je voulais aussi dire que le port de l’uniforme doit protéger et que représentants de l’ordre et jeunes et tiffo peuvent faire la paix . Puisse le départ de Omar, allah yarahmou, nous unir au lieux de nous séparer plus qu’on ne l’est déjà .

 

 

Mort de supporter, manifestations, match à huis-clos, sportifs en colère…pensez vous qu’il faille un remaniement ministériel ?

Le peu que j’ai pu voir dans les coulisses du ministère m’a permis de comprendre que la ministre n’est qu’une figure de façade. C’est son cabinet, un staff géré par je ne sait qui, qui est donneur d’ordres et qui mène la danse.  Donc remaniement ou pas je pense pas que cela changerait vraiment les choses. C’est tout un système qu’il faut revoir.

 

 

 

Et si vous, vous étiez ministre de la jeunesse et des sports, quelle serait votre première mesure ?

Je partirais de la base. Il y en a assez des responsables qui ne connaissent rien du sport !  Certes, il nous faut des bureaucrates, des gestionnaires, mais il nous faut surtout des gens de terrain. Lorsque je dis partir de la base, je parle des fédérations et des conditions drastiques et inutiles pour se présenter au bureau fédéral.

Ensuite je mettrais en place un système de taxe sur les salles de sports , les terrains de tennis privés , les stades de foot privés etc. pour avoir le budget nécessaire aux financement du sport de haut niveau les élites. En contre-partie, je mettrai en place un contrat d’engagement réciproque : Si l’athlète ne fait pas une bonne performance, il s’engagerait à rembourser, du moins une partie, de ce qui lui a été alloué.

Et enfin, et surtout, ce programme de prévention, je le mettrais en place. Car que le sport est, on le voit chez Platon, Socrate et l’école stoïcienne, avant tout une philosophie qui mène à la vertu, et non vers une mort annoncée, dans le silence complice des autorités.

La rédaction