« L’oeil de Gabés », une expression pour désigner un trou du cul


L’argot, langage interne à un groupe social, est une façon de contourner les tabous instaurés par la société. Il témoigne d’une retenue à évoquer explicitement certaines réalités , en les désignant par un langage détourné, souvent imagé, dénué des connotations immédiates liées aux mots du registre habituel. Cela explique que le lexique argotique soit particulièrement riche dans certains domaines  telle que la sexualité.

 

Si l’utilisation d’une langue étrangère, notamment l’arabe a enrichi le lexique argotique avec des mots tels que  « maboul «  ou  « flouz « . La Tunisie et ses habitants vont s’illustrer, eux, en tant que trous du cul.

En effet, à coté de « la rondelle », « le trou de balle  » ou « la pastille » trône en bonne place sur la liste des synonymes argotique du mot anus :   « l’œil de Gabés ».

 

Genet Jean, Pompes funèbres, 1948, Gallimard édition p15

Mais d’où vient donc cette expression ?

Elle est née de la plume de Jean Genet qui la choisit comme titre initial de « Pompes Funèbres », (oeuvre où l’auteur propose une vision homo-érotisée d’Hitler, ainsi qu’un regard trouble sur les rapports qu’entretiennent la violence nazie et l’attirance sexuelle).  Cette expression renvoie sans doute aux souvenirs de ses années  de légion étrangère et/ou de ses escapades en Afrique du nord, des bordels portuaires et de ses ébats homosexuels, mais cela n’est que suppositions.

La seul chose qui soit sûre, c’est qu’espérer que, depuis 1948, nous avons évolué et que nous ne sommes plus des « trous du cul », ce serait se mettre le doigt dans l’oeil…..de Gabès bien entendu.

 

Tapuscrit original où l’on peut lire, de la main de Genet « oeil de Gabès ».