Soutien au peuple Kanak


Alors que La Nouvelle-Calédonie est appelée à se prononcer pour ou contre son indépendance lors d’un référendum organisé demain dimanche 4 novembre, TAkRIZ a voulu revenir sur l’histoire de nos frères de sang, les Kanaks. Car c’est le même sang qui fut versé à Nouméa, à Bizerte ou à Sakiète Sidi Youssef : celui des peuples autochtones opprimés, pillés et tués par la France colonisatrice !

Car 165 ans aprés , il s’agit bien d’une colonisation en Nouvelle Calédonie.  L’île est en effet toujours  considérée par l’ONU, avec Gibraltar ou le Sahara occidental, comme l’un des dix-sept territoires non décolonisés que compte encore la planète.

En 1853, la Nouvelle Calédonie et son peuple, les Kanaks sont massacrés par les colons, lorsqu’ils ne sont pas décimés par les maladies apportées par les européens. La population Kanak passe alors de 45.000 à 27.000 âmes en l’espace d’un demi siècle. Les Kanaks sont alors parqués dans des camps au nord et à l’est de l’île soit 1/10 du territoire.

Comme ils ont  pompé les ressources minières en Afrique, les Caldoches (descendants des colons blancs) profitent de l’explosion du cour mondial du nickel dans les années 60 pour faire fortune et s’approprier encore plus de terres. Comme en Palestine, l’exode des colons vers l’Eldorado inverse l’ordre des choses, en 1969, les Kanaks deviennent minoritaires sur leur propre terre.

« Pendant la colonisation française, le peuple kanak est divisé par deux – maladies, massacres. La Kanaky est la seule colonie où l’Etat français crée des réserves comme celles qui existent aux USA pour les Native-Américains. Les gouvernements successifs ont encouragé la migration en Kanaky (il y a des endroits où la migration est encouragée quand il s’agit de poursuivre la colonisation) pour faire des Kanaks une minorité dans leur propre pays. le peuple kanak serait de 39% aujourd’hui. Seulement 4% font des études supérieures. Le boom du nickel profite aux zoreys de l’ile, aux multinationales et à quelques notables kanaks. Mais soyons clairs: c’est une colonie.  La République est coloniale. » explique Françoise Vergès, politologue et figure de la lutte pour la décolonisation des peuples et des arts.

Car c’est par les arts que le mouvement indépendantiste prends les armes. En 1975 l’affirmation culturelle met au devant de la scène une culture que les colons français ont voulu réduire à néant, et l’indépendance portée par Jean Marie Djibaou et le FLNKS devient alors une question centrale. Une guerre d’indépendance semblable, à la guerre d’Algérie, s’ouvrent alors. La France, avec la collaboration de ses médias partisans parlera tout comme pour la Kasba « d’événements ». C’est l’assassinat d’Eloi Machoro, le 12 janvier 1985 lors d’un raid du GIGN pour défendre la maison d’un occupant colon, qui mettra le feu au poudre de ce qui sera une véritable guerre d’indépendance.

En octobre 1987, des membres du RCPR  sont acquittés par la cour d’assises bien qu’ait été établi qu’ils aient assassiné 10 militants Kanaks dont deux des frères de Jean Marie Djibaou. Ce dernier, en apprenant ce verdict, symbole de la suprématie des colons sur les peuples autochtones dira :

 » Cela veut qu’on peut abattre les Kanaks comme des chiens ! Il n’y aura pas de justice pour les Kanaks tant qu’il n’y aura pas d’indépendance. Cela veut aussi dire que la Justice ne peut se faire que par des coups de fusils ».

Au matin du 22 avril 1988, les indépendantistes occupent pacifiquement un poste de gendarmerie. Un gendarme tire et la confusion fait 4 morts du coté des gendarmes. Les autres gendarmes sont pris en otage, et ce qui devait être une prise d’otage classique se meut en opération militaire sur le sol même de la République. Les indépendantistes se divisent alors en deux groupes : l’un se dirige vers le sud et libère les otages et l’autre se dirige vers le nord de l’île. L’armée est déployée (plus de 700 militaires)  et la gendarmerie dessaisie. Edwy Plenel, alors directeur de la Rédaction du Monde écrit :

 

« A Ouvéa, île française d’outre mer, une opération militaire fût menée pour mettre fin à une prise d’otage. Ce qui aurait pu et aurait du n’être qu’une intervention de police, devint par la volonté des gouvernant d’alors, un coup de main guerrier préparé par une occupation militaire, loin de tout regard indiscret, sur un atoll, autoritairement interdit à la presse. Une guerre sauvage puisque dépourvue d’assise légale crédible. Ni l’état d’urgence, ni l’état de siège ne furent proclamés, seul cas  où l’armée récupère par la loi les pouvoirs de l’autorité civile.(…) On ajoutera également la décision de déclarer provisoirement Ouvéa zone militaire comme on le fait de certains terrains de manoeuvres. Le tout fera de l’atoll une zone à part dans la République française : interdite à la presse, privée de communication téléphonique, coupé du reste du monde. Autrement dit un lieu d’exception où les règles démocratiques n’ont plus court ». 

Afin de localiser les preneurs d’otages, les militaires attaquent un village tout entier et y installent des « salles interrogatoires » où les habitants, citoyens français, subissent violences physique et psychologiques. L’armée obtient sous la torture le lieu où sont retenus les otages: une grotte à caractère sacrée, la grotte des guerriers. Un officier de gendarmerie, Philipe Logorjus parvient à entamer des négociations, mais l’armée avec l’appui du gouvernement est venue pour  » casser du Kanak » et l’assaut est lancé faisant 19 morts chez les indépendantistes. Les otages libérés, les indépendantistes seront invité à montrer la grotte aux militaires et en ressortir avec une balle dans la tête.

A partir de ce drame, des négociations s’ouvrent entre la France et la population, mais les promesses faites restent à ce jours bien en deçà  de la réalité coloniale.

Tenus à l’écart des études supérieures, les Kanaks ne représentent que 26% des provinces sud et à peine 39 % de la population totale de la Nouvelle Calédonie.

Alors que le printemps arabe souffle un vent de liberté, c’est en 2011, que Mathieu Kassovitz, à travers son film « l’ordre et la moral » (inspiré du témoignage de Philipe Legorjus « La morale et l’action ») remet la question de l’indépendance calédonienne au devant de la scène. L’opinion réalise alors que la barbarie coloniale française est encore active au 21 ème siècle.

 

La Rédaction