Le projet Tunisraélien : la réappropriation des terres et biens des juifs de Tunisie


En 2010, un projet de loi était présenté à la Knesset, prévoyant qu’un accord de paix ne pourra être signé avec un pays arabe que s’il inclut des compensations aux réfugiés juifs originaires de ce pays. Une nouvelle loi qui officialise, donc, la compensation arabe aux réfugiés juifs « obligés », d’une manière ou d’une autre, de quitter ou d’abandonner leurs maisons.

Quelques jours plus tard, Victor Jean Claude Cohen, Français originaire de Sfax, ouvrait discrètement Immoconsul Tunisie, une agence décrite dans les médias israéliens comme  mandatée pour« faire des recherches d’archives dans les tribunaux en Tunisie afin de retrouver la trace de biens et de titres de propriété considérés comme perdus à jamais par leurs propriétaires, en autres les juifs tunisiens. Elle s’emploie aussi à rechercher les titres de propriété des biens immobiliers auprès des différents cadastres ou d’autres organismes d’état en Tunisie dans le cas ou les propriétaires les auraient perdus. »

Avait également été inaugurée en 2007  l’agence AXYS à Sousse, une agence créée pour rechercher les ayants droit des anciennes familles européennes et Israéliennes (souvent les mêmes) de Tunisie ayant eu des biens coloniaux lorsque le pays était à vendre.

De 2010 à 2014 la fouille des archives auprès des tribunaux et des cadastres, le recensement des biens et la recherche des ayants droits bat son plein pendant que le tunisien lui tente tant bien que mal de recenser la liste de ses martyrs morts durant la révolution. 

Le 30 novembre 2014 est  votée à la Knesset israélienne, une « loi de commémoration de l’expulsion des juifs des terres d’Islam », officialisant la volonté des politiques sionistes de se réapproprier les terres et les biens qu’ils ont, pour beaucoup, abandonnés volontairement en 1948 pour se rendre en Israël. Cette date, non choisie au hasard, correspond aux émeutes anti-juives qui ont éclaté à Aden au Yémen au lendemain du vote de l’ONU sur la partition de la Palestine mandataire.

2014, c’est également l’année où le nom de René Trabelsi est pour la première fois évoquée en tant que ministre du tourisme, mais la pression populaire a retardé l’échéance. Sans doute fallait-il plus de temps pour faire accepter à la population l’inacceptable : la normalisation.

En décembre, le ton monte. « Israël porte plainte contre des pays arabes, dont la Tunisie qui ont poussé les juifs à l’exil en 1948 » pouvait-on lire en titre des médias tunisiens. « Le Premier ministre israélien a souligné que l’objectif de cette plainte est de récupérer les biens et les richesses des quelque 850.000 juifs qui vivaient dans ces pays, qui les avaient chassés par la force en 1948, pour rejoindre l’Etat d’Israël, alors nouvellement créé ». 

Qu’en est-il vraiment ? En 1948, la Tunisie est sous protectorat Français, et les départs se faisait de leur plein gré dans le cadre de l’«alyah» à travers des agences juives. La victimisation comme arme de guerre d’opinion, à travers des articles dont le vocabulaire employé rappelle celui employé pour décrire la Shoah, et le terme de « etnic cleansing » (nettoyage ethnique) est lancé.  Sans doute la LICRA avait-elle pour mission d’en apporter les « preuves » fictives. 

Le 11 juillet 2016 le Parlement tunisien vote la loi 53/2016  permettant des expropriations pour «utilité publique» (loi a été promulguée au JORT du 29/07/2016). La communauté israélienne d’origine tunisienne s’insurge alors, criant au complot, et allant jusqu’à dire que la loi a été votée volontairement en été pour tenter de passer inaperçue et poussant la victimisation jusqu’à remettre en question le fait qu’elle ait été publiée au JORT en langue arabe( peut-être souhaitent-ils que le JORT soit écrit en hébreux, nous leur demanderons). Dans ce même article du Time of Israel, Pierre Olivier Aribaud, directeur de l’agence AXYS précédemment citée, va jusqu’à menacer les autorités françaises en évoquant le boycott des législatives françaises par la communauté juive si rien n’est fait sur le plan diplomatique. Le 30 juillet, Habib Essid perd la confiance de l’ARP et le 27 août, Youssef Chahed est nommé chef du gouvernement. Suite logique d’événements ou simple coïncidences ? La tribune que lui consacrera ce même Pierre Olivier Aribaud quelques mois après sa nomination montre bien le soutient inconditionnel que portent cette communauté désireuse de se réapproprier leurs biens à l’actuel  premier ministre.  « Formé à la Française  il est imbibé de notre culture » précisera l’article avant d’ajouter « aujourd’hui, nous aurions bien besoin en Tunisie de retrouver ces Français, juifs ou non juifs, Italiens et Maltais, pour qu’ils viennent avec nous se retrousser les manches pour aider les Tunisiens à sauver leur pays du chaos ».  une recolonisation par l’économie ? La question est légitime…

Le temps passe et la volonté des Israéliens à se réapproprier la Tunisie ne faiblit pas. Un article de I24news daté du 30 novembre 2017 explique que « Les autorités israéliennes s’activent d’ailleurs en coulisse pour réparer une blessure historique: restituer les biens des Juifs originaires des pays arabes ».

Mais le peuple tunisien n’est pas prêt, alors qu’il s’est fait bombarder en 1985 par l’armée de Tsahal, à accepter cette offense et le retour en force de ceux qui ont abandonné le pays en 1948. Soit cela se fera en douceur :  Matraquage médiatique à coup de minorités diverses, le gouvernement Chahed commence à souffler le chaud et le froid pour normaliser les relations tuniso-israéliennes : 

  • Mars 2018, Simon Slama se présente aux municipal en tant que candidat Ennahdha

  • Mai 2018, la caméra cachée « shalom » met en scène la normalisation avec Israël

  • Juin 2018 projet du musée du judaïsme Tunisien

  • juillet 2018, la Tunisie s’engage à accueillir les athlètes israéliens pour les JOJ en 2022

  • Septembre 2018 les noms des rues à Sousse  sont rebaptisées au « nom de ses enfants juifs »

On peut alors légitimement se demander si le barbecue en sein du cimetière juif de Sousse en juillet n’entre pas dans cette politique de normalisation par une stratégie de choc émotionnel comme l’a décrit Noam Chomsky. Mais restons en aux faits. 

En novembre 2018, René Trabelsi, résident Français est enfin nommé ministre du tourisme ( donc ministre des flux des entrées et de sorties des ressortissants étrangers) sous les applaudissement d’une partie de la population nostalgique des années coloniales où Habiba Msika chantait encore. 

Après une politique de normalisation par petites touches successives, le gouvernement Chahed/Ennahdha, soutenu par la communauté juive française et applaudi par les membres du Likoud,  plie-t-il sous les menaces du gouvernement Israélien ? Va-t-on voir dans les années à venir des Tunisiens expulsés de leur terres et de leurs maisons au profit de ceux qui ont choisi en 1948 d’abandonner leur tunisialité pour devenir Israéliens ? 

La question reste ouverte, même si la position du gouvernement sioniste d’Israël est claire et que les différentes décisions politiques prises par Chahed et ses complices tendent à le confirmer. 

 

La Rédaction