20ans



Avant toute chose, nous voulions remercier tous nos lecteurs et les amis de Takriz qui ont contribué anonymes ou pas au site. Nous leur souhaitons une très bonne année en espérant que le « takriz » diminuera, surtout chez les jeunes tunisiens.   C’est ainsi que nous avions commencé notre édito en décembre 2002, ainsi que nous l’avions commencé en décembre 2009… Nous voilà aujourd’hui en 2018, 20 ans se sont écoulés depuis que TAKRIZ a jeté sur la société, la politique et le net tunisien son premier pavé. Nous sommes en 2018, et le TYREX du net tunisien s’est une fois de plus réveillé sous les coups répétés de l’injustice et de l’oppression. Durant ces 20 années, nous avons vécu, tour à tour, 10 années de censures, 3 années de lutte acharnée qui ont mené vers le départ de Ben Ali, et vers ces 7 dernières années de désillusion. Dans une Tunisie, restée au temps du jurassique, nous avons connu la prison, la torture, l’espoir d’une Révolution aujourd’hui volée et d’un rêve de liberté confisqué par les dinosaures édentés de la politique. Mais nous nous réveillions pour crier notre étouffement ! En écrivant ces mots, j’ai une pensée pour mon compagnon de route, Foetus, qui, d’où il est, veille :  » Le Tyrex est de nouveau lâché, plus rien ne vas l’arrêter, tu verras, tu seras fier de nous ! Ceux de 98 sont là aussi, y’a Ptyx  et Corsai!re qui reprennent le navire. » J’ai également une pensée pour toi Zou. Oui, je sais, les tunisiens aiment à t’appeler « Ettounsi », mais pour moi, tu resteras « ZOU » à jamais. Paix à ton âme l’ami Zouhair, si TAKRIZ est encore vivant, c’est aussi pour toi, pour qu’à jamais tu restes ancré dans la mémoire des internautes, et dans le coeur des tiens. En écrivant ces mots, mes pensées s’envolent vers tant de choses: colère, tristesse, envie et rage…tout se bouscule. Je n’y arrive pas, c’est trop d’émotions pour moi. Alors je dirai juste : A Vous  A ceux qui sont morts A ceux qui veulent vivre A ceux qui espèrent A ceux qui crèvent A ceux qui rêvent     Waterman

Édito 20 ans


Ne tournons pas autour du pot : je suis contre la liberté d’expression. La liberté d’expression, ce n’est pas du tout dans nos traditions, c’est nul, ça fait de la peine et ça ne sert à rien. L’être humain vit beaucoup mieux sans. Depuis qu’on a inventé ce truc, les gens s’expriment sans cesse, à tort et à travers. Et pour quel profit ? Quel résultat ? Franchement, vous trouvez que la condition humaine s’est améliorée ? Depuis qu’on a le droit de parler, on a avancé en matière de connaissance de la Vérité ? Non, Michel Foucault l’a dit avant moi, à chaque fois que l’on emploie un mot, on trahit la chose qu’il désigne. La parole est douloureusement imprécise, vague, réductrice. À bas l’expression en toute liberté ! Vive le silence, et vive la parole contrainte, aliénée, opprimée. Au moins, avec cette parole là, on sait à quoi s’en tenir : elle est fausse et dangereuse, mais elle ne raconte pas partout qu’elle apportera son salut à l’humanité. Je distinguerais deux catégories de personnes à qui la liberté d’expression cause des torts considérables : d’une part, il y a ceux qui parlent, librement donc, sans réfléchir. Ils sont terribles, ceux-là. Vous les connaissez, ils disent n’importe quoi, sur n’importe quoi, et en général ça dure longtemps. En plus, depuis le début du Vingt et unième siècle, ils ont Facebook, Instagram et tout un tas de merveilles qui permet à leur expression libre de s’épanouir et de résonner au-delà du cercle de leurs intimes. Et puis, il y a ceux qui réfléchissent avant de s’exprimer. Ceux-là, qui sont sans doute minoritaires, sont encore pires. Ils passent leur vie à se demander ce qu’ils pensent et ce qu’ils ressentent. Toujours à l’écoute de leur voix intérieure, ils alimentent la machine à produire du blabla. Quelle perte de temps. Pourquoi les gens s’expriment-ils ? Pourquoi ne gardent-ils pas leurs impressions et leurs opinions pour eux ? Je sais que vous pensez que je plaisante, que je fais l’intéressant. Après tout, je fais des films, et en plus on dit que ce sont des films « d’expression personnelle ». J’ai réalisé Le Fil, qui est vraiment un film libre dans son expression. Et puis Je ne suis pas mort, pareil, et L’Amour des hommes, je ne vous parle même pas de la liberté d’expression qu’il y a dans L’Amour des hommes. C’est vrai. Je bats ma coulpe. La vérité, je vous l’avoue, c’est que je cherche à atteindre un idéal de cinéma sans aucune liberté dans l’expression, et je n’y parviens pas pour le moment. J’essaierai encore. Un jour, je le sais, j’arriverai à faire un film qui n’exprimera rien du tout. Ce jour-là, je crois, j’espère, je serai remarqué à Hollywood. Joyeux anniversaire à TAKRIZ qui a fait beaucoup pour la liberté d’expression en Tunisie ( en croyant bien faire, je crois). Mehdi Ben Attia  

Liberté d’expression par Mehdi Ben Attia



                                                         « Joyeux anniversaire takri-Z »   Je ne suis pas le seul, à sentir en ce moment plus que jamais, la fin approcher… Au bout de 7ans de Révolution, la boucle semble vouloir se boucler. Les jeux sont presque faits. La machine infernale affiche un bouton « ON » et on attend juste le doigt de celui qui va appuyer en premier. 7ans, car il fallait bien que ce soit sous le signe du sept de Zaba, que les mauvais et les « mauveux » se passent discrètement le mot. Cette congrégation s’est enrichie de l’ennemi d’hier, Zaballah qui participe désormais au festin, et qui compte le moment venu, avec toute la bande réunie, lapider, massacrer, et se débarrasser une bonne fois pour toute de cette salope de Révolution. Alors qui va appuyer en premier ? Je veux croire encore, comme sous Ben Ali, que la plume, le verbe et le rire auront raison de la machine. Alors, comment ne pas voir la renaissance de Takriz en ce moment trouble de l’Histoire, comme un signe inespéré et un clin d’œil de Boukornine. Et comment moi, modestement moi Z, qui a été biberonné au lait de Takriz, il y a 20 ans, pourrait rester indifférent à cet appel du ventre. Takriz m’avait aussi ouvert ses colonnes et c’est sous ma première plume anonyme de PTYX, que j’avais rédigé mes premiers coups de gueule. Que ce 20ième anniversaire de la naissance de Takriz, soit le catalyseur de la nouvelle guerre que nous déclencherons contre la machine. Aux anciens et aux anciennes, ceux et celles qui sont rentrés dans les rangs, ceux et celles qui de guerre lasse ont abandonné la lutte, c’est le moment ou jamais de rependre le e-maquis !

Clin d’oeil de Z pour les 20 ans de sa ...


Figure de la révolte populaire qui a soulevé le bassin minier de Redeyef en 2008, vous avez été arrêté et torturé. Vous avez connu l’exil, un statut de réfugié politique….Gardez vous encore des séquelles de cette période ? De la détention et de la torture qui ont duré de longs mois passés dans une dizaines de prisons tunisiennes, je garde encore des blessures difficiles à cicatriser, d’autant plus que mes tortionnaires sont toujours en liberté. Toutefois, j’essaie de transcender ces épreuves à travers l’écriture. J’essaie de construire au fil des dernière années un témoignage, sous une forme plutôt littéraire, qui me permettrait à la fois d’affronter mes traumatismes les plus refoulés et d’éclairer les gens sur cette facette obscure et sadique du régime de Ben Ali afin que la vérité ne soit pas oubliée. Quant à mon expérience en tant que réfugié politique, elle fut riche, extraordinaire car elle m’avait permis de rencontrer de formidables camarades et amis en France, qui m’ont soutenu et aider à retrouver petit à petit mon équilibre. Le moment crucial de ce parcours d’exilé fut, après maints rassemblements de soutien au soulèvement révolutionnaire, la manifestation du 15 janvier 2011 à Paris: nous étions plus de 30 milles dans la rue à fêter la chute de Ben Ali, à peu près le même nombre de personnes qui s’étaient soulevés à Redeyef en 2008. En mai 2014, alors que vous manifestiez devant le ministère de l’intérieur pour la libération de l’un de vos camarade de lutte vous avez été violemment battus par les forces de l’ordre. Qu’en est il aujourd’hui de la plainte qui a été déposée ? Je n’avais pas déposé de plainte à cette occasion. Nous faisions campagne pour la libération de notre ami et camarade et il ne fallait pas détourner l’opinion publique de notre cause principale. Je me suis donc contenté des excuse d’un cadre du Ministère de l’Intérieur. Par contre, j’ai bel et bien déposé une plainte contre mes tortionnaires de 2008, le procureur a entendu ma déposition mais plus de nouvelles depuis deux ans. Je patiente sans désespérer, je ne suis pas prêt à lâcher l’affaire ! Aujourd’hui vous vous évoluez sur les planches dans une pièce de Jaafar Guésmi. Est ce que l’art est pour vous un nouveau mode de lutte ? Expliquez nous. Jaafar m’a plutôt offert l’opportunité de travailler avec lui en tant qu’assistant à la mise en scène. C’est une expérience extrêmement riche en enseignements et en rencontres humaines et artistiques qui dure depuis plus d’un an. La pièce est aussi bien une allégorie poignante de la Tunisie postcoloniale, avec ses complexités et ses contradictions, qu’une réflexion sur le quatrième art, où le jeu théâtral d’une pléthore de comédiens brillants s’allie aux performances fabuleuses de jeunes circassiens tunisiens. Une tournée internationale est prévue pour 2018. Sinon, pour répondre à votre question: je crois que l’art, et l’art vivant en particulier est un mode de lutte et un catalyseur de conscience collective très important. Il permet de communiquer […]

Moudhafer Laabidi se confie à TAKRIZ


Que dire lorsque l’on a rien à dire ? Que cette question me tombe fatalement dessus à propos de cette Tunisie bien aimée dont je conte tant et tant de fois depuis notre première rencontre en 2010 non pas les mérites- ils vont de soi- mais les injustices –elles ne vont pas de soi- n’est pas la conséquence que trop de mots ont été dits. Non. Tout- ou presque- pourtant a été formulé depuis 7 ans maintenant. Des théories qui verraient la main de forces crypto-américaines occultes derrière la chère Révolution à ceux qui pourfendaient la Troïka comme responsable des maux de la Tunisie depuis au moins la fin du monde ottoman (« Non non je vous assure Ben Jaafar n’a pas participé aux accords de Sykes-Picot » « Qu’est-ce que vous en savez l’islamo-gauchiss- avec deux S- vous vous ne vous rendez pas cooompte – avec trois O- de ce qu’ILS –en majuscule- font ? »), mes oreilles ont dû faire un tri héroïque de ce qui remontait au cerveau. Les palmes de la mauvaise foi étant remportées de main de maître par certains depuis Paris, il ne faut voir dans ma phrase précédente aucune pique à l’adresse de certains des meilleurs esprits de la banlieue nord de Tunis. La densité du commentaire post-révolutionnaire atteignant la couche d’ozone par concentration de forces contraires dans un espace pourtant réduit, poser une caméra revenait à créer un espace de respiration, de réorganisation possible et momentanée de ma pensée dans les chutes d’un évènement . Et surtout déjà percevoir que la lutte serait une course à l’épuisement. Voilà, c’est cela n’avoir rien à dire : commencé à être rattrapé dans la course à l’épuisement. D’une pensée qui tente de réorganiser le trop-plein du présent en 2011, me voici devenu entretemps un œil qui cherche en 2017 chez ses contemporains en Tunisie ce qui s’est peu à peu, sans que je n’y prenne suffisamment garde, ré-enfouit. Un peu comme regarder un poste de télévision éteint sous un portrait de BCE alors que la rue gronde d’un silence bruyant, et me demander quand j’aurai l’envie d’aller ouvrir la fenêtre pour écouter ce qui se passe dehors. Alors voilà, il me faut maintenant poser ma caméra dehors, filmer ce que je ne vois pas, le présent. Et attendre que l’image de l’avenir s’y incarne, un peu à la manière d’une photo dans son bain révélateur, et dont chaque touche se dessine bien avant de se compléter. Bref, j’observe, mais aujourd’hui je n’ai rien à dire.

Que dire quand on n’a rien à dire ?



Maintenant que les ardeurs se sont calmées et que les esprits ont à priori repris leur bon sens, je souhaite revenir sur un épisode qui m’a véritablement marqué en 2017, à savoir la sortie de Tunis by Night et son rapport avec certains médias en Tunisie. Au-delà de la paternité de ce film, je souhaite m’exprimer en toute harmonie avec mes valeurs du respect et en toute adéquation avec une problématique qui a une grande importance pour moi : à savoir l’urgente question de la critique cinématographique dans les médias en Tunisie. Je me demande simplement ceci : Où est passé la véritable critique cinématographique dans nos médias ? Quand je parle de la critique cinématographique j’entends bien celle qui s’apparente de l’école francophone d’André Bazin, François Truffaut, Jean Collet… Jusqu’à Charles Tesson, Alain Bergala et Serge Daney. Une critique qui compose son verbe à travers la sensibilité artistique et la connaissance cinématographique. Une vision pénétrante à travers le prisme de l’histoire du cinéma qui va au-delà du cinéma pour rencontrer la sociologie, la philosophie, la psychologie, l’ethnologie et l’art dans toutes ses formes. Dans cette dernière expérience de Tunis by Night, j’ai été confronté en une très grande mesure à des : Donneur de leçons sans contenus. Des frustrés de la réalisation sans connaissance solide du sujet en question. Des émetteurs d’avis superficiels présentés comme vérités ultimes. Des accusateurs, dictateurs de gout, s’exprimant avec grand dégout. Des « Si j’étais à ta place… » Des « t’aurai du faire… » Des apprentis penseurs qui « pensent » comme si le fait de compliquer un propos en le rendant hermétique au lecteur, leur donne plus de crédit. Dans toute cette cacophonie médiatique sans résultats utiles ni vrai apprentissage, il fallait se contenter de la « grande » satisfaction de passer à la télé ou le « grand privilège » d’être interviewé pour un journal. Certains « critiques » ont pensés que j’avais du mal à accepter la critique.  La vérité j’adôôôôre la critique, comme dirait « Chouchou », quand elle : UNE CRITIQUE. Je n’ai pas besoin de dire que j’ai grandi avec « Qu’est-ce que le cinéma » de Bazin, « les films de ma vie » de Truffaut, « la création selon Fellini » de Collet  ni prendre en photo les piles des Cahier du cinéma, pour justifier ma connaissance des bases élémentaires de la critique cinématographique. Je reconnais qu’avoir simplement des références cinématographiques ne fait de nous un connaisseur, mais ne avoir une vraie connaissance approfondie fait de celui qui prétend exercer ce métier, un aventurier sans boussole ou un chimiste sans la table de Mendeleïev. Ce qui est surprenant dans tout cela, c’est la tribune qui est réservée à certains apprentis sorciers et à partir de laquelle ils jouissent de ce plaisir d’être des donneurs de leçons ou des juges d’instruction. Leur influence est malheureusement de taille, même si à force de répéter la même mélodie avec le même vocabulaire, la même tonalité, les mêmes terminologies, la même stratégie de dénigrement, les mêmes stratégies de glorification, elle finit par te donner la nausée tellement ça sent le faux et le […]

Critique ? Vous avez dit Critique ? par Elyes ...



Certes, la révolution dite du jasmin nous a apporté des libertés, dont la liberté d’expression, les régimes dictatoriaux nous ayant muselé durant plus d’un demi-siècle. Un acquis inestimable, et espérons-le irréversible. Mais faut-il se contenter d’une liberté institutionnelle, purement formelle ? Non, sans hésitation. C’est maintenant dans nos têtes qu’il faut la faire, la révolution. La vraie liberté n’est pas un cadeau tombé du ciel, c’est le fruit d’un long travail sur soi-même, d’une conquête intérieure. C’est briser la gangue de fer du formatage des parents, de l’école, de la rue et des copains, dans lequel on nous a enfermé depuis l’enfance, nous délester du poids des conventions sociales qui nous a écrasé. Dynamiter les préjugés, les tabous et les interdits, dont on nous a ligotés. La vraie liberté, ce n’est pas déblatérer, pérorer, faire le paon sur les écrans de télévision, après être passé chez le coiffeur pour se faire faire un brushing. C’est arrêter d’applaudir à se peler la paume des mains et apprendre à s’indigner, à s’insurger et à clamer son désaccord. Apprendre à décrypter la langue de bois des discours officiels, à retourner les cartes diffusées par les médias – nationaux ou étrangers – pour découvrir ce qu’elles cachent. Ignorer la doxa et son cortège de morale préfabriquée ( ce que Nietzsche appelait la moraline ) et fabriquer sa propre morale avec ses valeurs intériorisées. La liberté est le combat de toute une vie, exigeant vigilance et ténacité. On ne naît pas homme ( ou femme ) libre, mais on peut le devenir. 30.12.2017 Ali Bécheur

La conquête par Ali Bécheur



Vous savez, pour la plupart d’entre vous (pour les autres, c’est même pas la peine de leur adresser la parole), que les solutions aux problèmes de la Tunisie existent, pourtant, vous n’en parlez même pas ou les évoquez si peu, alors que la Tunisie va droit vers le mur de la cessation de paiement. Pour des raisons politiques, vous préférez éluder les problèmes, vous préférez naviguer en eaux troubles alors que le pays est déjà à terre, que la maladie, la faim, la misère, la haine, le suicide, l’exil et toutes les formes d’aliénation sont en train de croître de façon exponentielle. Vous savez qu’avec 400 000 fonctionnaires en trop, L’État est devenu un boulet pour le pays, mais vous ne faites rien pour crever l’abcès. Vous savez que le libéralisme sauvage va enrichir encore plus les riches, appauvrir les pauvres et éliminer cette classe moyenne qui à permis à la Tunisie de tenir debout. Vous savez qu’il suffit simplement d’une volonté politique réelle pour éliminer le terrorisme et relancer tous les secteurs de l’économie. Vous savez que des centaines de gros investisseurs veulent travailler en Tunisie et que c’est l’aveuglement du gouvernement et l’abominable mentalité de l’administration qui les éloignent chaque jour de ce pays. Vous savez que si vous ne le faites pas, de l’Éducation jusqu’à la Santé, tout va tomber en ruine. Vous savez que la corruption et la saleté ne sont qu’une question de discipline, une discipline que vous ne pouvez même pas appliquer à vous même ou à vos proches. Vous savez que les capacités de ce pays sont énormes, mais vous continuez à les ignorer, rendant fous les gens capables. Vous savez que ce qui cloche, c’est le mauvais esprit, la jalousie, les égos, l’envie, la méchanceté, la haine, la paresse. Mais vous perdurez dans votre hypocrisie et vos fausses certitudes, comme si tout allait s’arranger tout seul et qu’il ne s’agit que d’un mauvais cycle qui pas passer tout seul. Réveillez-vous, ouvrez les yeux, dans quelques mois, on ne pourra même plus appliquer les solutions qui sont aujourd’hui encore possible. Ce sera trop tard. Trop tard !

Lettre ouverte de Abdellaziz Belkhodja aux Politiciens


Tous les hommes naissent libres, s’exclament les défenseurs des libertés, alors que les humains naissent tous avec un cordon ombilical qui a servi à les faire vivre dans le ventre d’une maman, leur apportant nourriture et oxygène. Briser cette dépendance se fait en coupant le cordon ombilical avec une pince spéciale. Un acte violent qui provoque chez l’enfant le premier traumatisme et le plonge dans un état de détresse et de stress… C’est peut-être la raison pour laquelle on n’a jamais vu, depuis la création de l’espèce humaine, un nouveau-né, rire et applaudir sa venue au monde. Bien au contraire, ils pleurent jusqu’au spasme du sanglot, hurlent de tout leur corps et crient ouaaaaan, ouéééééén, et ce langage commun veut tout simplement dire : Eh merde ! je débarque chez les bruts, les bêtes et les méchants… Après des mois où il a mené tranquillement une vie intra-utérine aquatique, la première violation de la liberté ne se fait pas attendre : On va empêcher par tous les moyens ce bébé de pleurer, de communiquer et d’exprimer au bout de ses larmes son indignation… Un bataillon formé de la mère, du père, des frères et sœurs s’il y’en a, des infirmières, de la mamy si elle est encore en vie, du papy du côté du père, des cousines, des copines, des voisines, de la nounou qui va se faire des sous, et je ne sais qui d’autres… Un bataillon avec des hommes et des femmes, grands, forts et féroces qui s’agitent, s’excitent et des fois s’insultent pour stopper les larmes du bébé et l’empêcher de crier. ـ أميّ علاش يبكي؟؟؟… ـ استناني ساعة لاهية في راجلك ما عرفش يهزّو … شعرة لا قسملوا كرومتو… البهيم يقعد طول عمرو بهيم وكي تكثر عليه البهامة يتحوّل لبgرة… قتلوا أذنّلوا في وذنو باش يطلع مالذريّة الصالحة… قالي أناهو مالآذانات… نعرف كان متاع « الصلاة خير لكم من النوم  » وقتها نبدا مروّح مالسهرية… وتخلط الحماة يديها فارغة… والنافسة ينـّgز عليها قطّوس نفاس… وتاكل بعضها… وأك المولود الجديد يمرمطوا فيه من يد ليد… دزّولوا البزّولة في فمّو… دوّشولوا…. نشّفولوا … لعّقوه وقمّطولوا صىرّتو كيما يقمّطوا البيبيات الكل…  مشطولوا شعرو على جنب كيما الصغار الكل… رشّوه بالقوارص متاع الصغار الكل… علّقولوا مسّاك فيه خمسة وحوتة وحطّوا تحت المخدّة حصن الحصين كيما يعملوا العربان الكل… لبّسوه حوايج بلا لون… لا جوهري لا غبرة على خاطروا في كرش اموا كل ما تعمل écho يغطّي أعضاؤو التناسلية … كان يحبّ يطلع ما يشبّه لحتى حدّ وحتى شيّ…  كان يحبّ يطلع حرّ… فهم نهارتها إلّي الحريّة صعيبة وبحرها غارق وسومها غالي … يعطيوك إسم… وإنت ساكت… تكره مطعم الحليب… تشرب وإنت ساكت… ريحة القوارص تجيبلك الردّان… يفوّحولك وإنت ساكت… يلبّسوك على كيفهم… وإنت ساكت… يعطيوك ورقة وأقلام زيّانة ويقولولك صوّر … تخربش الورقة وإنت ساكت… وتكبر… وتقول توّه انّجم نبكي… تحشم بدموعك… نستنى حتى تسكّر على روحك بيت… وتبكي في الظلام… وإنت ساكت وتفرعن… وتولّي عندك راي وعندك موقف… يطرّد الليل النهار…وإنت ساكت ويمشي في بالك إلّي الحرية انّك تكون خارج زنزانة… غرفة توقيف… خارج السرب… السّيستام… خارج La pensée savante, intelligente, les règles, […]

L i b e r t é … Ce mensonge ...


Artiste reconnue, vous figurez comme une figure libre de la jeunesse tunisienne, c’est également ce que représente Aziza dans le film TUNIS BY NIGHT. Pensez vous que la Tunisie post 14 janvier est une Tunisie libre ? La Tunisie post 14 janvier est sans doute plus libre que celle d’avant. Cette liberté est encore fragile, d’autant plus intimidée par un contexte de crise socio-économique et d’une pression émanant de la divergence des projets sociétaux existants au sein de la société comme au sein de la classe politique. Le retour des vieilles pratiques est très inquiétant surtout qu’il est accompagné par la présence de certaines figures du passé avec presque autant de pouvoir qu’avant. Il est fort probable que tout cela soit un passage obligé, nous sommes des funambules traversants ce fil fin et coupant mais il faut bien arriver a bon port, enfin il faut y croire, et puis vous êtes là !   Que pensez vous de la hausse de 6% sur les produits culturels prévue par la loi finance 2018 ? Honnêtement en ce qui concerne la hausse sur les produits culturels, je n’arrive pas à me faire un avis « juste ». Car nous ne sommes pas à ça près, le chantier des reformes culturelles est bien plus complexes. En Tunisie, nous les artistes, nous n’avons pas de statuts, pas d’assurance et pas d’institutions qui permettent une paie ou un travail régulier. Partout dans le monde, être artiste c’est se confronter perpétuellement à cette précarité ( faire un saut dans le vide et accepter des hauts très hauts et des bas très très bas), vous imaginez ce que cela peut être en Tunisie ? La production artistique est organiquement liée aux subventions de l’État et n’est pas sur le point de devenir autonome. La culture est encore centralisée (ce chapitre à lui seul nécessite des pages) et en considérant la situation économique, la culture (cinéma théâtre danse arts plastiques…) est sans doute en ce moment un luxe qu’une grande partie des tunisiens ne peut pas se permettre. Le retour de TAKRIZ va également se faire sur la scène politique. Si nous vous nommions ministre de la Culture, quelle serait votre première réforme ? Je ne pense pas un jour être intéressée par ce poste mais si jamais vous me le proposez, la première reforme serait de trouver, créer, inventer, des fonds pour remettre les théâtres et les cinémas a Tunis et en région dans un état correcte (ou les créer la où ils n’existent pas) pour accueillir des spectacles et des films et ainsi, pousser à une production régulière et rentable (avec une billetterie soutenue par l’État pour les plus démunis, je n’invente rien hein!). Il faut faire travailler de manière plus importante les gens de la culture et faire parvenir cette culture partout en Tunisie, avec un vrai réseau de distribution nationale et un vrai accompagnement des projets culturels, jusqu’au moment ou ça joue devant un public. La culture doit être représentée partout dans de bonnes conditions. Je […]

Amira Chebli se confie à TAKRIZ



De France 2  à Arte en passant par CNN, RFI ou TV5 monde, William Irigoyen est un nom que l’on ne présente plus dans le milieu du journalisme. Il dépose ses mots, toujours très justes, sur de nombreux journaux : Le Monde diplomatique, L’Orient littéraire, La Cité... Mais William Irigoyen est également écrivain, on lui doit Jeter le JT – Réfléchir à 20h est-il possible, aux éditions François Bourin, où il dit rêver d’ « une sorte de Vatican II de la grand-messe télévisée ».  Lorsque nous lui avons proposé d’écrire pour TAKRIZ, il a été prudent, mais son volontarisme a fini par prendre le dessus sur toutes les questions qu’il a pu se poser. Le voici donc sur TAKRIZ magazine. C’était le 14 janvier 2011. Ce jour-là, la Tunisie tournait une page de son histoire. Sous la pression du mouvement de contestation populaire qui avait débuté quelques mois plus tôt à Sidi Bouzid le président d’alors, Zine el-Abidine Ben Ali, quittait la scène politique. Après vingt-trois ans de règne musclé, l’autocrate déchu prenait la fuite avec sa femme. Direction : l’Arabie Saoudite. Bien que me trouvant à distance de notre voisin méditerranéen, j’ai vécu tout cela en direct. Le soir même, en effet, je présentais Arte Info, rendez-vous quotidien d’actualité sur la chaîne franco-allemande. Moncef Marzouki, qui allait bientôt devenir numéro un de son pays d’origine, était alors en duplex de son exil français. En lien permanent avec sa patrie, il nous fît le récit des événements. Nous avions prévu trois minutes d’entretien. La discussion dura bien plus. Grâce à cet envoyé spécial – qui n’en était pas un – nous avions l’impression, nous autres Français et Allemands, d’être auprès des Tunisiens, ceux-là même qui, disait-on, avaient été les premiers à vouloir emporter le monde arabe vers un printemps radieux. Nous sentions l’ivresse démocratique d’un peuple qui exigeait des changements profonds, des conditions d’existence plus décentes, une vie meilleure en somme. Sept ans après, une question se pose. Tout cela est-il arrivé ? N’étant pas un spécialiste de ce pays, je laisse à d’autres le soin de répondre. Takriz a sa petite idée là-dessus. Mais peut-il l’exprimer ? Jusqu’à il y a peu, je l’avoue, je ne connaissais pas ce webzine, porté semble-t-il par des maquisards de la liberté. Par la grâce des réseaux sociaux, voilà qu’un beau jour, je reçois une proposition d’écrire ces quelques lignes. Un honneur pour le journaliste apprenant l’arabe que je suis, qui plus est fils d’un pied-noir ayant vécu une partie de sa vie à Sfax. Mais un honneur auquel je réponds par la prudence. Suis-je bien sûr de savoir où je mets les pieds ? Mon interlocutrice me rassure, m’envoie des articles et des liens internet. Les recoupant avec mes propres informations je juge par moi-même. Cette prudence, je la revendique. Il ne faut jamais foncer, tête baissée. Je regarde donc, tente d’en apprendre encore sur ce média mystérieux. Il est peut-être question, lis-je sur le net, que certaines personnes liées à Takriz jouent, à l’avenir, un […]

Takriz de nouveau à l’abordage par William Irigoyen



Je suis énervé J’ai perdu mon arme Ma camera de poing Le jour où j’ai rejoint Par mes poèmes sans point Les 20 ans des révoltés Est-ce juste un hasard Ou bien le prix d’être fêtard Vivre le noir et agiter tard Big Brother n’a pas de répit Et il ne fait pas dans l’oubli Plus rien à perdre Ramassons nos histoires L’Utopie reste le seul chemin !     MACH 26.12.2017

Les 20 ans des révoltés par Mahmoud Chalbi





Ghazi Beji et Jabeur Mejri, ont été accusés le 5 mars 2012 d’ «atteinte à l’ordre public », «transgression à la morale» et «apport de préjudice à un tiers». Tout deux ont été condamnés à 7 ans et six mois de prison et 1200 dinars d’amende. Tout cela pourquoi ? pour avoir partagé leurs idées sur Facebook. Athéisme, critique de l’Islam, ces deux jeunes ont vu leur vie basculer pour avoir osé croire que la Tunisie post 14 janvier était la Tunisie de la liberté retrouvée. Si Jabeur s’est fait arrêter et a purgé sa peine (quoique gracié), Ghazi lui, a été jugé par contumace. Il est parvenu à fuir la nouvelle dictature Tunisienne, devenu le premier réfugié politique de la Révolution du Jasmin vite fané. TAKRIZ a souhaité laisser à Ghazi une tribune libre sur son magazine, et en c’est 20 ans de lutte pour liberté de la parole et de la pensée. Après 23 ans de censure, voilà le 14 janvier 2011 la chute du régime. Tout à commencé après la révolution du jasmin, le vent de la liberté souffle . Cela faisait 4 ans à l’époque que j’étais au chômage et j’avais espoir que la révolution nous apporte du travail et plus de liberté ! Mais voilà, à la fin de l’année 2011, les barbes commencent à pousser comme des champignons et les discours des intégristes religieux se multiplient : la révolution du travail et de la Liberté est récupérée par les Frères Musulmans, financés par l’argent du Qatar et de l’Arabie saoudite. Dés début 2012 je commence à recevoir des  menaces de mort à cause d’un livre que j’ai écrit «  l’illusion de l’islam ». Le 5 mars 2012 mon ami, athée, Jabeur Mejri est arrêté à Mahdia pour athéisme.3 Jours plus tard, sous les menaces salafistes et activement recherché par la police, j’étais obligé de quitter la Tunisie vers l’inconnu à la recherche de cette Liberté que je n’ai pas trouvé dans mon pays d’origine. Je n’ai pas envie de revenir sur mon exil : des mois de marche à travers plusieurs pays du d’Afrique du Nord aux Balkans, des nuits passées dans les forêts et les montagnes serbes. J’ai traversé 11 pays avant d’arriver en France : Tunisie – Libye – Algérie -Turquie – Grèce – Macédoine – Serbie – Roumanie – Hongrie – Autriche – Suisse – France. Des bombes en Libye, jusqu’à la famine en Europe de l’Est, j’ai tout connu, à ce à cause de ce que j’ai pu écrire ou dire. Liberté vous me dites ? De quelle liberté s’agit-il ? Ce n’est que que grâce aux aides financières de ma famille et des militants j’ai pu croiser que j’ai survécu. Je profite du fait que TAKRIZ m’offre c’est espace de liberté pour m’exprimer et les remercier un à un : – Ma famille – Tewfik Allal et Brigitte Bardet Allal / Fethi Benslama (Manifeste de la liberté) – Feu Abdelwaheb Meddeb ( Radio France culture) – Mouheddine Cherbib (FTCR […]

Témoignage : Ghazi Beji, réfugié politique en France pour avoir ...







    "Je suis donc par principe heureux d'apprendre le retour de TAKRIZ sur la scène publique, et je lui souhaite une vie longue, remplie de débats, pleine de bruits et de cet esprit irrévérencieux qui, à l'heure actuelle, est trop peu présent sur la place.   Je suis attaché à la liberté de penser et de s’exprimer. Même si j’avais des réserves quant au contenu de certaines paroles, j’applaudis toujours à leur présence, pour autant qu’elles soient sincères et favorables à la révolution; Je suis donc par principe heureux d’apprendre le retour de TAKRIZ sur la scène publique, et je lui souhaite une vie longue, remplie de débats, pleine de bruits et de cet esprit irrévérencieux qui, à l’heure actuelle, est trop peu présent sur la place. Vous exprimerez sans doute des positions avec lesquelles je ne serai pas toujours d’accord. Mais, comme j’ai eu l’occasion de le dire, je serai toujours avec la liberté d’expression et de débat, contre toutes les limitations qu’on voudra y mettre . Je renouvelle donc mon souhait de longue vie à votre site, le suivrai avec intérêt, et, si cela se présente, je n’hésiterais pas à y apporter des contributions, en vous autorisant par avance à reproduire tout ou une partie de se que j’ai pu publier ou de ce que je pourrais produire dans l’avenir. Gilbert Naccache

Gilbert Naccache pour Takriz


Dans toutes les avant premières du film, un peu partout en France les premiers questions étaient toujours : est ce que le film va sortir en Tunisie, comment va t il être perçu, quels étaient les réactions des autorités, est ce qu’il y a eu de la censure etc… Comme si cela était normal voire espéré. Et notre réponse était toujours la même : non seulement il n’y a eu aucune censure d’aucune sorte, que nous avons écrit ce que nous avons voulu et tourné ce qu’on écrit, mais en sus nous avons été soutenu par le Ministère de la culture qui a été le premier financeur du film, et le plus important en montant. Depuis, le film est sorti en Tunisie après avoir été présenté au festival de Carthage, et là encore aucune pression, aucune réaction négative (de la police par exemple). Pour moi il est absolument évident qu’il y a là un signe indéniable que les choses ont changé car cela n’aurait pas été possible avant la révolution.  

Nadim Cheikhrouha, producteur de la Belle et la Meute, pour ...


Le journaliste et grand opposant à Ben Ali, Taoufik Ben Brik est un ami de longue date de TAKRIZ. Il est contre cette campagne de diabolisation de ce groupe qu’il considère comme l’un des derniers contre pouvoir, aujourd’hui, en Tunisie, si ce n’est le seul, à l’heure où tout le monde « a fait allégeance » au pouvoir en place. « Ce sont des jeunes qui militent pour la liberté d’expression et qui refusent l’injustice. S’ils usent parfois de violence, c’est pour répondre à celle plus importante dont fait usage la police et derrière elle le système ». Il ajoute qu’il a connu des membres de TAKRIZ quand il était déjà à Paris, qui sont venus lui rendre visite à l’époque de Ben Ali. Il est resté en contact depuis, avec eux. « Ce sont mes amis les plus proches » déclare-t-il, en poursuivant  » ce sont les seuls à dire non à tous les abus ». Qu’on arrête alors de les dénigrer ! »  

Coup de Gueule de TBB en soutien à Takriz