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La femme, enfermée dans les seuls rôles que la société tunisienne lui octroie : sagement voilée, danseuse de cabaret, garçon manqué ou fliquette fonctionnaire dans un uniforme qui lui est imposé. C’est par ce triste constat que s’ouvre le film de Mehdi Ben Attia : l’Amour des Hommes, où une jeune veuve, photographe encouragée par un beau-père mécène, à la fois patriarche et progressiste, décide de reprendre goût à la vie en posant son regard de femme sur des corps d’hommes. Une film sans dessous-dessus  Mehdi Ben Attia bouscule ici le cinéma tunisien où un sein dénudé et une cuisse offerte ont été la marque de fabrique d’une production cinématographique, dite provocante, mais qui, au fil des ans, s’est meut en recette prête à l’emploi pour films réchauffés au gout de déjà vu. L’Amour des hommes est un coup de pied donné, avec maestria, à cette complaisante facilité à laquelle, néanmoins, le réalisateur a tenu à rendre hommage. Si l’affiche du film n’est pas sans rappeler celle de de Blow-up, chef d’oeuvre d’Antonioni, l’apparition de Ferid Boughdir ou l’affiche des Silences du Palais glissée dans les décors, sont autant de clins d’œil à ces aînés qui, selon Mehdi Ben Attia, « ont ouvert la voie à une génération de cinéastes, en ayant, en quelque sorte, inventé le cinéma tunisien ». « On ne va jamais assez loin dans la provocation, il faut le secouer ce pays, ce sont des endormis » explique Si Taëb (joué avec brio par Raouf Ben Amor) à la jeune photographe. Des mots qui pourraient être ceux du réalisateur, également scénariste, qui a décidé de secouer les codes jusqu’à les inverser. Ici la femme dirige ses modèles masculins dans une bienveillance injonctive où se mêlent à la fois  l’arrogance d’une femme-maîtresse et la sensibilité à fleur de peau d’une artiste, écorchée par la vie et les deuils successifs. L’homme devient un objet de désir sur papier glacé, dont les gestes et les poses sont guidés par la main experte d’Amel.  Celle-ci les déshabille comme on met à nu une âme pour en découvrir la beauté cachée afin de l’exposer. Dans une Tunisie machiste où la femme doit encore se battre pour exister, c’est l’héroïne du film qui fait exister l’homme à travers son objectif. Créateur, elle aura entre ses mains jusqu’au pouvoir de vie ou de mort sur ce beau père pourtant représenté comme l’archétype du Seigneur, et qui, durant tout le film, donnait l’impression de la faire vivre. Hafsia Herzi incarne cette femme que l’on s’interdit d’être, cette femme libre d’exprimer son désir, libre d’aller jusqu’au bout de ses passions, si dérangeantes soient-elles  dans une société où l’hypocrisie s’est faite Loi. Portrait d’une société Au delà ce cet hymne à la Liberté, L’Amour des Hommes dresse, avec justesse, le portrait de la société tunisienne dans toute sa dualité. Alors que le spectateur est invité à s’asseoir autour de la table d’une maison bourgeoise, entretenue comme un musée par une mère qui tente de combler le vide de ses journées entre […]

L’Amour des Hommes : une bombe dans le paysage cinématographique ...